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Médias et aveugles

Une relation tumultueuse

Le 2 janvier dernier était diffusée sur les ondes de la radio RFI une émission intitulée « Médias et aveugles : des espoirs pour 2009, année braille ». Retour sur écoute d’une prise de conscience mondiale, et tardive...

Comme chaque vendredi sur Radio France Internationale, la voix de Laurence Aloir résonne à la radio. Il est 15h40, et l’émission Médias du Monde s’installe sur la station 89 FM. Au menu aujourd’hui : les relations médias / déficients visuels. Comme le rappelle la présentatrice, le bicentenaire de la naissance de Louis Braille sera célébré ce 4 janvier 2009. L’occasion d’aborder la question de l’accès aux médias et à l’information pour la population non- et malvoyante, en France et dans le monde entier. Une population à ne pas négliger, dans une société où les supports de communication explosent. Les chaînes de télévision se multiplient, le web devient une réelle source de contenu médiatique. Comment s’en sortent alors pour s’informer, les millions de personnes privées de l’usage de la vue ?

Tour d’horizon de l’accessibilité à l’information

La présentatrice laisse place à la voix de Clémentine Genevrier, journaliste pour RFI et France Inter, qui a mené l’enquête de Paris à Berlin, en passant par Londres et Yaoundé. Cette dernière a rencontré les responsables d’associations comme le GIAA (Groupement des Intellectuels Aveugles et Amblyopes), l’association Valentin Haüy, l’Oreille Gauche ou encore l’ANAAC (Association Nationale Africaine des Aveugles du Cameroun).

Le GIAA a pour vocation de promouvoir la lecture et la culture auprès des déficients visuels. Depuis soixante ans, l’association mène des actions qui ont pour but de faciliter l’accès aux documents écrits. La directrice du GIAA, aveugle « tardive », nous confie que l’association met à disposition une synthèse vocale pour certains supports de presse. De plus, elle procède à la transcription de documents en braille, une lecture équivalente à la lecture visuelle.

C’est ensuite un journaliste de la revue sonore l’Oreille Gauche qui prend la parole. Créée par le GIPAA (Groupement pour une information progressiste des aveugles et des amblyopes), cette revue bimensuelle, sur cassette audio ou CD d’une durée de 6 heures, a pour objectif de donner l’information à ceux qui ne peuvent pas la lire. Le journaliste déplore le fait qu’il y ait encore trop peu de sites Internet accessibles aux déficients visuels. Pourtant, beaucoup d’aveugles, comme lui-même, peuvent lire maintenant les courriers électroniques grâce à une sortie sonore ou une sortie braille - à condition d’être équipés.

Un retard certain a en effet été constaté en France concernant l’accessibilité des médias pour les aveugles, notamment Internet. Le responsable des nouvelles technologies de l’information de l’association Valentin Haüy, nous dit que les prix des matériels adéquats, permettant de se repérer sur Internet, varient de 1500 € à 6000 €, en fonction de l’usage. Pour 1500 € par exemple, les handicapés peuvent se doter d’une simple lecture vocale. La technologie coûte cher ! Mais elle est précieuse : la synthèse vocale peut tout lire et s’adapte aux déplacements sur la page ainsi qu’à la langue, à condition bien sûr que l’adaptation ait été pensée lors de la conception du site.

En Angleterre, les choses sont différentes. La commission de l’audiovisuel a fixé des quotas. 10 % des programmes TV diffusés sont en audio-description. Sur la chaîne BBC 4, un programme hebdomadaire est consacré aux déficients visuels, et une émission intitulée « in touch » donne l’information pour les aveugles du pays. Là-bas, la plupart des sites Internet suivent les règles et sont accessibles. Le bicentenaire de Louis Braille sera un bon moyen de montrer au public anglais que l’accessibilité pour les handicapés est très importante.

Chez les Allemands, un à deux films télévisés par semaine sont diffusés en audio-description. Là-bas, l’équivalent de notre quotidien Le Monde a sa transcription sonore et une bourse est délivrée pour tous les non-voyants du pays.

Quant à l’Afrique, les associations y sont très actives, mais les moyens sont rares et de nombreuses maladies conduisent à la cécité. L’ANAAC produit des manuels scolaires pour les enfants aveugles, et transcrit en braille des articles de journaux afin de rendre l’information accessible. La lecture sonore n’est pas très développée dans les pays d’Afrique, ce serait un luxe par rapport aux moyens disponibles. Mais l’association enregistre tout de même des cassettes audio pour ceux qui n’ont pas le sens tactile de la lecture braille. À Yaoundé, un centre d’information en informatique permet aux déficients visuels d’accéder aux informations et à la culture, et de naviguer sur Internet, grâce à la synthèse vocale.

Que l’on vive à Paris, à Londres, à Berlin ou à Yaoundé, la prise de conscience y est tout aussi importante. Divers moyens sont mis en œuvre afin que les 40 millions d’aveugles et les 130 millions de malvoyants du monde puissent accéder aux médias et à l’information.

Logos des associations et radios évoqués dans cet article

Pour plus d’informations :

Élodie Moine